Parcours, quelques repères…

Mes débuts (1988) furent marqués par l’expressionisme, COBRA, la figuration libre – prétexte pour me jeter dans la peinture comme un plongeon salvateur – «un bain de boue de peinture, et une matière violemment collée au cri»(1) entre Appel et Bacon.

Puis, comme un mouvement de balancier ma peinture est devenue plus élaborée, plus construite, tout en gardant un côté rude, hirsute, turbulent. Ce furent les toiles noires, «des lieder sulfureux » (1) marqué par la lecture de Sade et d’Annie Lebrun (1990). Forêts en désordre, chaos informe, violence des pulsions, château de Lacoste, éruption volcanique, coulée de lave, les désirs irrépressibles pris dans le feu de la glace, pluie, cendre et lave : Pompéi.

Après ces nuées ardentes, le désert est apparu (1992) me conduisant tout naturellement vers l’Egypte, «ce don du Nil» (2) Limon, alluvions, travail et archéologique… Le désert conduisant nécessairement à la rationalisation, à la conceptualisation, aux repères, à la géométrie, à l’architecture : éloge du maçon et du fil à plomb. Et bien sûr, comme à Pompéi, retrouver toujours l’humain sous l’enfouissement, la momie, ce conflit permanent : l’Art et la Mort.

Me revient à l’instant cette pensée de Markus Lüpertz « Même si c’est inconscient, la mort est considérée par l’artiste comme une offense personnelle. Peindre c’est faire ce que fait un enfant lorsqu’il traverse un bois et qu’il chante pour exorciser la mort. »

Traversé également par les soubresauts et tumultes du monde, l’horreur économique, il me semblait important d’exprimer mon refus (Anorexie 1997) et par là même de préciser ma conception de la peinture, refus de la recherche de la simple esthétique, du beau pour le beau, mais recherche plutôt du juste, toute œuvre me semble-t-il intéressante est porteuse d’inquiétude. Mettre la peinture au supplice pour voir ce qui tient, ce qui reste ; la poussée dans les retranchements. D’où « ces toiles aux couleurs volontairement détériorées, assiettes maculées et visages blancs aux expressions exorbitées, têtes en haut ou têtes en bas pour exprimer un vertige » (3).

Fonctionner par fracture, par rupture, ne surtout pas s’enfermer dans un style (grille de lecture ressemblant par trop à une prison).

Ne pas savoir (Ne demande jamais ton chemin, de peur de ne pouvoir te perdre), le pire et le plus ennuyeux étant de mettre à exécution ce que l’on projette. Etre le premier surpris, me paraît être la meilleure source de motivation pour continuer : un train peut en cacher un autre.

Passant brièvement sur un petit traité de cannibalisme (2005) et une période de claudication (algodystrophie 2007) je retrouve l’appétit dans la compagnie des singuliers et des humbles (2011), entre définitivement en résistance et donc dessine constamment depuis.

(1) Pierre Gicquel
(2) Hérodote
(3) Philippe Richard

 

 

TOWTAM